Relève scientifique: les carrières académiques et extra-académiques au centre de l’attention de la CSHE
La formation scientifique des jeunes adultes et l’approfondissement de leurs qualifications font partie des missions principales des hautes écoles, lesquelles jouent un rôle majeur dans l’économie et la société en formant des spécialistes et renforcent la capacité d’innovation de la Suisse.
Une majorité de doctorants et de postdoctorants mettent à profit leur savoir et leurs compétences sur le marché du travail extra-académique. Ceux qui poursuivent une carrière académique évoluent généralement, en toute connaissance de cause, dans un environnement hautement compétitif et sélectif. Un plan de carrière marqué par une incertitude due aux contrats à durée déterminée et aux emplois à temps partiel peut être synonyme de conditions d’emploi et de travail précaires, qu’il convient bien entendu d’éviter.
Un postulat et ses conséquences
L’année 2021 a vu le lancement de la pétition Academia, largement soutenue par les associations du corps intermédiaire des hautes écoles et par d’autres acteurs. Cette pétition réclamait davantage d’emplois permanents et demandait à l’Assemblée fédérale de prendre des mesures concrètes pour protéger la santé et la vie privée du personnel scientifique, améliorer ses conditions de travail et garantir la qualité de l’enseignement et de la recherche des hautes écoles. Elle a abouti au postulat 22.3390 «Pour l’égalité des chances et le soutien de la relève scientifique» de la CSEC-N. Dans son rapport détaillé de fin mars 2024, le Conseil fédéral répondait aux questions posées dans le postulat et renvoyait aux mesures déjà engagées par le Conseil des hautes écoles de la Conférence suisse des hautes écoles (CSHE), qui s’était saisi de la thématique.
Mesures prises par le Conseil des hautes écoles
En novembre 2023, le Conseil des hautes écoles a adopté des principes relatifs à la promotion de la relève scientifique dans les hautes écoles universitaires (HEU). Les collectivités responsables des HEU s’engagent ainsi à soutenir huit principes communs à titre de principes directeurs importants de la promotion de la relève scientifique dans les institutions universitaires. Ces principes portent notamment sur la responsabilité qui incombe aux HEU d’adopter une politique moderne en matière de personnel et d’embauche, sur la planification des carrières académiques et extra-académiques et sur la nécessité de structurer la phase postdoctorale afin de permettre une diversification des carrières académiques. Il importe en outre de garder à l’esprit que la politique en matière de personnel relève de la compétence des hautes écoles et qu’elle est conçue en fonction de la stratégie de chaque haute école.
S’il est évident que les postes de qualification sont par nature limités dans le temps, il est tout aussi légitime de se demander quand il est judicieux d’instaurer des contrats à durée indéterminée. Quel est le degré de mobilité nécessaire dans une haute école, combien de postes permanents peuvent être assumés, notamment pour offrir des opportunités aux futurs talents?
Pour la période d’encouragement en cours, la CSHE a lancé le programme «Promotion de la relève scientifique». Il s’agit de mettre l’accent sur la phase postdoctorale, au cours de laquelle les situations problématiques évoquées peuvent s’aggraver. L’axe majeur du programme est l’élaboration et la mise en œuvre par les HEU de plans d’action en faveur de la promotion de la relève. Les HEU sont tenues de traiter différents aspects tels que la diversification des carrières en amont de la chaire, la structuration de la phase postdoctorale, par exemple en accueillant aussi les postdoctorants dans les écoles doctorales, l’organisation des transitions entre les phases de qualification, avec évaluations adéquates et retours structurés, ou encore l’accompagnement du personnel académique, y compris vers des postes extra-académiques. Au travers des plans d’action, le Conseil des hautes écoles entend soutenir la mise en place de mesures durables et, à terme, l’intégration de cet instrument structurant dans la stratégie des universités concernées et des écoles polytechniques fédérales. Les plans d’action indiquent les priorités, rendent les réflexions stratégiques transparentes et servent de référence aux personnes relevant des hautes écoles. Une partie des moyens alloués au programme de coordination va en outre à la promotion de la relève scientifique dans les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques, qui font face à des défis différents de par leurs besoins en personnes ayant un double profil de compétences science-pratique et leurs coopérations avec les HEU au niveau du doctorat.
Échange avec les acteurs concernés par l’encouragement de la relève
Convaincue que le renforcement de la relève scientifique ne peut se faire qu’en impliquant l’ensemble des acteurs concernés par l’encouragement de la relève, la CSHE organise depuis 2024 un échange à plusieurs niveaux avec le Fonds national suisse, avec les Académies suisses des sciences et la Jeune Académie Suisse, avec actionuni et avec swissuniversities. La prise en compte des initiatives et des attentes de ces acteurs doit s’inscrire dans une approche globale. Le 26 février 2026, le Conseil des hautes écoles a pris connaissance d’un bilan des différentes lignes d’action lancées ou planifiées par tous les acteurs. Dans une optique de visibilité et de regroupement des nombreuses initiatives, swissuniversities a été chargée d’élaborer un plan d’action national modulaire.
Prochaines étapes
Les mesures prises jusqu’à présent témoignent d’une dynamique globale en faveur de carrières académiques et extra-académiques plus stables et plus attrayantes dans le système scientifique suisse. En 2027, swissuniversities présentera un bilan complet du programme de coordination. Le Conseil des hautes écoles décidera ensuite si d’autres mesures, telles que des instruments de monitorage ou une adaptation de ses principes, doivent être engagées. L’échange annuel entre toutes les institutions concernées sera de nouveau organisé en tant que pilier essentiel pour la suite des travaux. Un projet de mise en œuvre du plan d’action national modulaire sera soumis au Conseil des hautes écoles lors de sa séance de novembre 2027, et pas avant, car il devra également se fonder sur les plans d’action élaborés par les HEU.
Étude récente et recommandations du Conseil suisse de la science
Le rapport «Les doctorants en Suisse: nombre, conditions-cadres et perspectives», publié récemment par le Conseil suisse de la science (CSS), apporte un éclairage intéressant à ce dossier. Sur mandat du Conseil des hautes écoles, le CSS a étudié l’évolution du nombre de doctorants et est arrivé à la conclusion que la croissance des effectifs n’est pas disproportionnée. Son analyse montre que le nombre de doctorants a augmenté de 29 % depuis 2010. Cette évolution correspond largement à celle observée pour les étudiants, le corps professoral et les valeurs internationales comparables. L’augmentation est particulièrement marquée dans les domaines MINT et en médecine. La qualité de l’encadrement reste stable et les titulaires d’un doctorat s’intègrent facilement sur le marché du travail. Le CSS a formulé deux recommandations. Les hautes écoles doivent prévoir des contrats de travail à temps plein pour les doctorants qui travaillent effectivement à 100 % afin d’éviter des situations désavantageuses en matière de couverture sociale et de prévoyance vieillesse. Pour les doctorats en médecine, l’Office fédéral de la statistique devrait collecter séparément les données sur les doctorats MD, MD-PH et PhD, car les programmes en question ne sont pas tous aussi axés sur la recherche. Selon la décision du Conseil des hautes écoles, un examen de faisabilité concernant ces deux recommandations est indispensable afin de juger si une mise en œuvre est possible et judicieuse.
Contact
Auteur/e