Le nouveau directeur général du CERN en visite à Berne
Le 20 août 2026, le nouveau directeur général du CERN Mark Thomson s’est rendu à Berne dans le cadre de son entrée en fonction. Une table ronde sur la politique scientifique organisée à cette occasion a permis aux institutions suisses chargées de la politique de recherche et au CERN de se pencher ensemble sur le chapitre qui s’ouvre dans le domaine de la physique des particules et de saluer les liens étroits qui unissent les acteurs suisses et le CERN.
Liens étroits entre la Suisse et le CERN
Pour la Suisse, la proximité avec le CERN ne se limite pas à la situation géographique. Le laboratoire de recherche est profondément ancré dans le système suisse de formation, de recherche et d’innovation. Les hautes écoles suisses participent à d’importants projets de coopération internationale pour la réalisation d’expériences et le développement de détecteurs destinés au CERN. De nombreux chercheurs suisses formés dans le contexte des expériences et des instruments du CERN ont par la suite occupé des postes à responsabilité dans les hautes écoles ou l’industrie. Des initiatives suisses soutenues par la Confédération développent en outre les technologies nécessaires au fonctionnement d’un futur accélérateur.
Deux initiatives sont particulièrement parlantes à cet égard: CHART, qui fait progresser les technologies des accélérateurs, et CHEF, qui se consacre aux fondements physiques d’un futur accélérateur. Soutenues par plusieurs institutions suisses, ces deux initiatives ont déjà fait l’objet d’un article consacré à la manière dont la Suisse se prépare à l’avenir de la physique des particules.
Un engagement de plusieurs décennies
Parmi les projets de recherche actuels, rares sont ceux qui s’inscrivent dans un horizon aussi lointain que le prochain grand projet du CERN. L’accélérateur électron-positron recommandé par la stratégie européenne pour la physique des particules, le Futur collisionneur circulaire (FCC), serait construit dans un nouveau tunnel d’environ 91 kilomètres sous la région genevoise, de part et d’autre de la frontière franco-suisse. Son programme scientifique se déploierait bien au-delà du milieu du XXIe siècle.
Assurer le financement et l’engagement politique nécessaires à un projet s’inscrivant dans un tel horizon temporel constitue un défi de taille, à plus forte raison dans un contexte marqué par les pressions sur les budgets publics et par l’évolution rapide du paysage de la recherche et de l’environnement géopolitique. Par ailleurs, cette décision ne peut pas être prise par la Suisse seule: elle incombe au Conseil du CERN, au sein duquel la Suisse siège aux côtés des 24 autres États membres. En mai 2026, le Conseil du CERN a franchi une première étape en adoptant la version actualisée de la stratégie européenne pour la physique des particules. Le FCC y est clairement défini comme le projet d’envergure prioritaire du CERN. La décision concernant sa réalisation devrait intervenir au cours de l’année 2028, soit encore durant le mandat de l’actuel directeur général. Son statut d’État hôte du CERN confère à la Suisse un rôle particulier dans ce processus. Le message exprimé par l’ensemble de ses représentants était sans équivoque: la Suisse entend être prête le moment venu.
La Suisse comme État hôte
Dans son allocution, la secrétaire d’État Martina Hirayama a réaffirmé cette volonté. Évoquant l’accord de siège de 1955, qui régit aujourd’hui encore les relations entre le CERN et la Suisse, elle a également rappelé les retombées concrètes de ce partenariat, notamment les nombreux chercheurs et chercheuses dont la formation est soutenue par le CERN et qui poursuivent souvent leur carrière au sein d’institutions ou d’entreprises suisses.
Se tournant vers l’avenir, elle a souligné les efforts de préparation de la Suisse: à l’automne 2024, le Parlement a adopté une loi transférant à la Confédération la compétence d’autoriser la construction des projets stratégiques du CERN sur le territoire suisse. La Suisse soutient en outre de manière ciblée le développement des technologies, la recherche et la relève scientifique. Elle assume ainsi pleinement son rôle d’État hôte: le CERN peut compter sur la Suisse.
Une période décisive pour l’avenir du CERN
«Le FCC est le bon choix pour le CERN et pour la physique des particules. Il nous permettra de mieux comprendre le boson de Higgs, dont nous savons encore relativement peu de choses», a affirmé le professeur Mark Thomson. Il a également souligné la position de premier plan qu’occupe l’Europe dans le domaine de la physique des particules, estimant qu’un futur grand projet est indispensable pour préserver cette position.
Il s’est aussi exprimé sur les liens privilégiés qui unissent le CERN à la Suisse, son État hôte. Selon lui, plusieurs facteurs contribuent à la qualité de cette relation: la proximité géographique, l’excellence des centres de recherche universitaires et du PSI, mais aussi le dynamisme de l’industrie suisse en matière d’innovation. Il a par ailleurs salué les efforts de coordination déployés à l’échelle nationale à travers des initiatives telles que CHART et CHEF.
Le directeur général a également relevé qu’un projet de l’envergure du FCC avait le pouvoir d’inspirer les jeunes générations et, dans un contexte géopolitique incertain, de réaffirmer l’importance de la coopération internationale.
Perspectives des institutions de recherche suisses
Le professeur Michael Hengartner, président du Conseil des EPF, la professeure Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities, et le professeur Torsten Schwede, président du Conseil de la recherche du FNS, ont tous souligné le caractère indispensable de la recherche fondamentale. Michael Hengartner a en outre rappelé qu’au fond, les innovations disruptives découlent toujours de la recherche fondamentale. Avis partagé par Torsten Schwede, qui a cité l’exemple du développement d’aimants supraconducteurs pour la recherche fondamentale en physique des particules, lequel a ouvert la voie à des innovations méthodologiques révolutionnaires en spectroscopie RMN, qui ont à leur tour trouvé des applications de premier plan dans les sciences de la vie. Luciana Vaccaro a quant à elle mis en avant les compétences uniques que les jeunes chercheurs développent au CERN et qui en font des spécialistes très prisés par l’économie. Selon elle, un grand projet comme le FCC exerce en outre un fort pouvoir d’attraction et peut susciter l’intérêt des jeunes talents pour les disciplines MINT. Son propre parcours en témoigne: c’est le CERN qui lui a donné envie d’étudier la physique.
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Auteurs
Francesca Stocker